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Ne m'en veuillez pas, je ne suis pas historienne. Mais ... si l'Histoire appartient aux spécialistes, l'Emotion , elle, appartient à tout le monde...

lundi 11 août 2008

12) La belle vie

De 1938 à 1939:


Successivement en Gironde, puis en Bretagne et Direction la B.A.N. de St Raphaël où Edouard 20 ans, pense trouver le soleil.
En janvier 1939, Edouard passe radio navigant . Là c'est la belle vie c'est vrai.
Mais en septembre 1939, la guerre éclate.

L'escadrille part pour 2 mois à Berre puis au Maroc, sur la Base Aéronavale de Port Lyautey, on ne s'en fait pas trop. Pour l'instant cependant, la guerre semble encore assez loin.

Edouard écrit:

Port Lyautey le 7 décembre 1939

Bien cher tous,
Nous sommes arrivés depuis hier à Port Lyautey. J'en suis content; car à première vue c'est un beau pays que le Maroc ! Ce qu'il y a surtout d'intéressant , c'est le soleil ! on se croirait en été à Bosmont. Je suis toujours en bonne santé, et j'espère qu'il en est de même pour vous. La base d'aviation de Port Lyautey est très jolie; on se croirait dans une villa en pleine campagne. La ville est à 5 kms. Mais ce n'est rien, car je vais avoir mon vélo; il arrive aujourd'hui par le bâteau avec le matériel de l'escadrille . Aussitôt qu'il sera arrivé, j'irai faire des ballades aux environs. La prochaine fois je vous enverrai des vues .../



Edouard se tient nonchalant, un pied sur la queue de son hydravion! Il intitule avec humour sa photo: "en alerte!"

Son avion est Un Bréguet Bizerte, nommé


le Flibustier.




Il y a les copains. Micoin, Bartoche, Torelli et les autres, ensemble on se remonte le moral.




Visez un peu la photo sur le tambourin !

dimanche 10 août 2008

13) La drôle de guerre

Le 2 septembre 1939, Hitler envahit la Pologne.
La France et l'Angleterre sont liées par un accord de défense et déclarent la guerre à l'Allemagne le 3 septembre.

Hitler concentre ses efforts à l'est et écrase la Pologne sans que les Alliés puissent faire quelque chose.

L'Etat Major français se sent en confiance derrière sa ligne Maginot..

Pendant plusieurs mois, on va s'enfoncer dans ce qu'on appellera la "drôle de guerre", les soldats alliés subissant l'incertitude et le manque de compétence de leurs supérieurs.

Jusqu'au 10 mai 1940 date à laquelle Hitler passe à l'action, le peuple français ne croit pas à cette guerre.

A cette date, l'armée allemande entre en Belgique, et en Hollande.
Le 18 mai soit seulement 8 jours après le début de l'offensive, la Belgique capitule.

En France , l'Etat Major réagit comme si cette guerre était une répétition de la première.
Quelques jours ont suffit à l'armée du IIIème Reich pour arriver sur Paris. Nous sommes le 14 juin 1940.

Le général Weygang partisan de l'Armistice s'oppose à Paul Reynaud qui envisage une résistance. L'Etat Major hésite à se réfugier en Afrique du Nord.




Devant tant d'incertitudes, les français se lancent sur les routes de France fuyant devant l'avancée allemande et les bombardements. C'est l'exode. Les parents ( père, oncle, soeurs d'Edouard) partent pour la Bretagne le 20 mai 1940 avec une charette et deux chevaux.


Paul Reynaud démissionne le 16 juin et on le remplace par le maréchal Pétain.

Le 17 juin, le maréchal capitule dans une désormais célèbre déclaration à la radio, le lendemain, le Général De Gaulle lui répond à la BBC dans un non moins célèbre message, que rien n'est perdu.

Allocution du 17 juin 1940 par le maréchal Pétain
Discours du maréchal Pétain prononcé à la radio française le 17 juin 1940.

Français!
A l'appel de M. le président de la République, j'assume à partir d'aujourd'hui la direction du gouvernement de la France. Sûr de l'affection de notre admirable armée, qui lutte avec un héroïsme digne de ses longues traditions militaires contre un ennemi supérieur en nombre et en armes, sûr que par sa magnifique résistance elle a rempli son devoir vis-à-vis de nos alliés, sûr de l'appui des anciens combattants que j'ai eu la fierté de commander, sûr de la confiance du peuple tout entier, je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur.En ces heures douloureuses, je pense aux malheureux réfugiés, qui, dans un dénuement extrême, sillonnent nos routes. Je leur exprime ma compassion et ma sollicitude. C'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat1.Je me suis adressé cette nuit à l'adversaire pour lui demander s'il est prêt à rechercher avec nous, entre soldats, après la lutte et dans l'honneur, les moyens de mettre un terme aux hostilités.Que tous les Français se groupent autour du gouvernement que je préside pendant ces dures épreuves et fassent taire leur angoisse pour n'écouter que leur foi dans le destin de la patrie.1. Tel est le texte qui fut prononcé. Sur la suggestion de Paul Baudouin, ministre des Affaires étrangères, la phrase fut rectifie - inutilement et maladroitement - de la manière suivante : " C'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut tenter de cesser le combat. "



Appel du Général De Gaulle

samedi 9 août 2008

14) Port Lyautey du 1/1/1940 au 1/9/1940

L'escadrille E5 est donc partie pour le Maroc la veille du jour de l'An 1940.

Avec son inséparable copain surnommé Bartoche,ou Totoche, je n'ai jamais réussi à trouver son véritable nom, Edouard visite Rabat.





Les missions de janvier à mai 1940 ( 10 mai date du déclenchement de l'offensive allemande) sont principalement l'exploration en haute mer ou la surveillance côtière recherche de sous marins ennemis, l'escorte de convois.



Comme pour le reste, il est bien difficile de connaître exactement la nature du travail d'Edouard. il n'écrivait que très peu de détails dans ses lettres, sûrement pour ne pas inquiéter sa famille.



Bartoche est décédé pendant cette même guerre, Micoin lui survécut et entra à Air France après la démobilisation en 1941.



vendredi 8 août 2008

15) Bizerte Karouba

Bizerte Karouba !


Base aéronavale en Tunisie... L'escadrille E5 y arrive le 1er septembre 1940.Là elle fusionnera avec la E3 pour devenir la 1E.







De cette période je possède un peu plus de renseignements, Edouard y rencontre une famille avec laquelle il sera très proche puisqu'il loge chez eux lors de ses permissions.


Ils habitent la banlieue de Tunis, au Kram, une villa qui vraisemblablement existe encore aujourd'hui. la villa Bagatelle. Je n'ai pas de photo malheureusement.

Vivent là, une femme , veuve, ayant trois enfants, Simone, mariée à un militaire. Roger, radionavigant comme Edouard, et Madeleine la cadette.


Edouard deviendra pour eux presque un fils ou un frère.

Avec Madeleine, se noue une certaine complicité. Elle aime le sport, la camaraderie, les ballades en bicyclette ... Edouard fera de nombreuses photos lors de leur excursions.





Madeleine est une jeune fille cultivée qui a beaucoup d'humour. Elle s'entend bien avec Edouard.

Je ne pense pas me tromper en disant qu'elle en "pince" un peu pour lui.



A la base , on est dans l'attente. Les évènements s'accélèrent de l'autre côté de la Méditérannée, Hitler occupe le Danemark et la Norvège en avril, en mai il attaque la Belgique, fait une offensive dans les Ardennes, l'Italie déclare la guerre à la France en juin. C'est l'exode sur les routes.


Trois navires français sont détruits à Mers el Kébir en juillet par les anglais craignant une alliance des français avec l'ennemi.


Le 8 août suivant, l'Allemagne, l'Italie et le Japon signent un pacte tripartite.


La permission escomptée par Edouard qui n'est pas rentré chez lui depuis le début de la guerre avait été supprimée avant son arrivée en Tunisie, maintenant, sa soeur lui écrit depuis son lieu d'exil,qu'il ne doit surtout pas rentrer en France, au risque de ne plus pouvoir repartir ensuite ou d'être fait prisonnier.


Il occupe donc ses permissions en visitant la Tunisie avec Madeleine. Carthage, les ruines romaines, Douar chott, et puis la plage ...










jeudi 7 août 2008

16) La rencontre de sa vie

Février 1941.

Edouard passe de la base de Bizerte à celle de Sfax, régulièrement suivant les missions.







Au cours d'un amerrissage forcé il se casse le poignet.C'est peut-être durant sa convalescence qu'il fait une rencontre qui va changer le cours de sa vie. Car c'est à peu près à cette époque qu'il connaît


MARIE





Elle a 19 ans. Edouard 21, il tombe amoureux...











Cela n'a rien d'étonnant, elle parait si douce. Lui qui n'a pas connu sa mère...trouve dans son regard toute la tendresse dont il a besoin.



En octobre 1941, ils se fiancent.



Qu'est-elle devenue, par la suite, je ne le sais pas.


Depuis 6 mois ,j'ai déposé un avis de recherche sur internet , une vraie bouteille à la mer, pour tenter de le savoir et peut-être de la retrouver. Si elle est encore en vie, elle doit avoir 85 ans aujourd'hui.

Comment se sont -ils recontrés ? Edouard ne le dit pas dans son courrier de l'époque. C'était un garçon plutôt discret surtout à ce sujet.
Les quelques photos que j'ai pu retrouver où on les voit , me laissent à penser qu'ils allaient très bien ensemble. Rares étaient les personnes qui pouvaient utiliser sa bicyclette, Marie a eu le droit de rouler avec.
Marie habitait la rue de gauche sur cette carte postale de Sfax.

Ils se sont peut -être rendus dans ce square, près du théâtre ?

Ils ne se voyaient pas tout le temps, Edouard mettait sans doute maintenant à profit ses permissions pour aller chez sa fiancée, à Sfax. Au détriment de Madeleine .Il devait y travailler aussi de temps en temps.



Marie est ici entourée de sa mère et de deux de ses soeurs.

Ils étaient jeunes, pleins de projets malheureusement c'est arrivé pendant la guerre.







17) 1942 :Une année mouvementée

La Tunisie et toute la région Nord Afrique sont le théâtre d'affrontement entre les forces de l'Axe et celles des Alliés.



Dès le 10 novembre 1942,Tunis est occupé par Italiens et Allemands. Edouard pour ne pas être fait prisonnier , se cache chez Mme Arrouès, ses amis du Kram dès sa démobilisation le 15 décembre 42. Il y restera 5 mois sans donner de nouvelles à personne, pas même à Marie qui le croit reparti en France sans lui avoir dit au revoir. Pas de nouvelles non plus à sa famille, à Bosmont.



Plus un courrier en langage codé pour parler de ce qui se passait sans être censurés n'arrive à Bosmont. La famille a alors compris que c'était difficile à ce moment là pour Edouard, et qu'il ferait tout pour ne pas avoir ou leur causer d'ennuis. Ils avaient confiance en lui, et ne répondaient pas ,volontairement, pour ne rien compromettre, aux courriers de Marie paniquée par ce silence.



Pendant cette période, il a parcouru tous les coins possibles à Tunis et alentours pour dénicher viande , légumes se faisant rares à cause de l'occupation. Il partait à vélo parfois toute la journée pour aller chercher du charbon tout ça sans se faire repérer.





On voit bien qu'il est préoccupé, les sourcils froncés,le sourire n'est plus là. Il faut patienter. Edouard essaye de tromper l'attente en terminant la fabrication d'un poste de TSF, ce qui lui permet de se tenir en même temps au courant de l'avancée du conflit. Je ne saurais jamais non plus quelles furent ses activités précises pendant ces 5 mois où il a cessé de donner des nouvelles. J'ai appris l'an dernier que Madeleine était aujourd'hui disparue.

Ce que je sais en revanche c'est que c'est à ce moment qu'une partie de la base de Bizerte a été transformée par les Allemands en camp de travail pour les juifs. Et ça , je pense qu'Edouard le savait lui aussi. Il ne pouvait pas l'ignorer même s'il n'y travaillait plus ,mais je pense que cela ne l'a pas laissé indifférent.

mercredi 6 août 2008

18) Faire enfin le lien

Edouard, comme j'aimerai croire que tu m'entends ...


J'ai retrouvé Marie !


C'est beaucoup trop d'émotion.


Après des mois de recherches, ma bouteille jetée à la mer sur un site d'avis de recherches me permet enfin de retrouver la famille de Marie.

Elle n'est plus là aujourd'hui ,mais grâce à son filleul, Marie et Edouard sont à nouveau ensemble dans nos souvenirs communs.

Je sais maintenant qu'il ne l'a pas quittée. Toute sa vie , Marie n'a pas guéri de la perte d'Edouard, elle n'a pas pu tourner la page et refaire sa vie.
C'est triste, émouvant, et si romanesque.
Lorsque j'avais à peine 3 ans, nous habitions tout près d'elle sans le savoir.
Les choses auraient été différentes j'imagine, si nous l'avions su. Nous ne pourrons jamais revenir en arrière pour alléger sa peine. Mais pour une fois j'ai envie de croire qu'ils nous ont fait signe tous les deux, de là où ils sont, pour qu'enfin quelque chose se passe...


65 ans après leur histoire prend un nouveau départ.




Merci à Philippe le filleul et neveu de Marie pour la qualité de ses interventions et ses encouragements, à Lucie, sa nièce que j'ai vu toute petite sur les rares photos de cette époque, pour sa gentillesse.



et enfin à Marie et Edouard.



Le travail continue pour tenter de connaître les circonstances exactes de la disparition de mon grand oncle.
C'est long, fastidieux, parfois je me décourage un peu devant la lenteur à laquelle les informations me parviennent... un petit air d'une chanson que mes deux amoureux devaient écouter me redonne l'envie de continuer:




mardi 5 août 2008

19) L'engagement



Donc en Novembre 1942, la situation militaire en Afrique du Nord se présentait comme suit: la Tunisie, l'Algérie et le Maroc Français, étaient sous le régime de l'accord d'armistice signé entre la France et l'Allemagne, mais sous l'autorité de la France, la Lybie était sous le régime Italien, occupée par les forces de l'Axe. La victoire Britannique d'El-Alamein contre les troupes de Rommel (24 octobre-4 novembre1942), changea le cours des opérations et commença a donner une certaine importance aux ports et terrains d'aviation de la Tunisie, comme lignes de communications des forces de Rommel.
Dimanche 8 Novembre 1942, au cours de l'Opération "Torch", les Alliés débarquent en Algérie et au Maroc.


Le 12 mai 1943, après la campagne de Tunisie,Tunis est libérée. La foule est dans la rue pour acclamer les Alliés.


Quand Edouard a t-il su que De Gaulle avait rassemblé une armée de volontaires libres ? je ne sais pas, mais toujours est -il qu'il n'attend pas ,fort de tout ce qu'il a pu observer depuis des mois qu'il se cache, le lendemain de la libération de Tunis, il s'engage dans les FFL.


Ses qualifications dans le milieu des avions, le propulsent dès le 15 mai dans le sud tunisien. Il rejoint à Ben Gardanne les aviateurs FAFL qui doivent se diriger par la suite vers la Syrie, objectif la Russie. Il fait partie du Groupe Bretagne, un Free French Squadron. Son escadrille est celle qui s'appelle Rennes.

Fanions de son escadrille au sein du Groupe.
Il m'est très difficile pour le moment de retrouver son parcours dans le groupe Bretagne, car je ne possède pas son n° de matricule FAFL.
Je remercie les spécialistes du forum Aéroforum http://www.aeroforums.org pour les informations qu'ils m'ont données à ce sujet.
En effet, lors de leur ralliement aux FFL, beaucoup donnaient un autre patronyme que le leur pour s'engager, ou modifiaient leur date de naissance. Ceci afin de mettre en sécurité leur proche au cas où ils seraient fait prisonniers. C'est vraisemblablement le cas d'Edouard, ce qui rend les choses encore plus difficiles.

lundi 4 août 2008

20) Le Groupe Bretagne

Mais le groupe Bretagne, qu'est ce que c'est ?

Au fur et à mesure de mes recherches, je veux en savoir plus sur ces groupes d'aviateurs que je ne connaissais que de nom,( et encore même pas pour tous). Ils étaient pour la plupart de très jeunes hommes comme pouvait l'être Edouard.


Plus je lis de choses sur eux, plus je les admire.Mais il fallait sans doute justement être jeune pour oser faire les choix qu'ils ont fait.

De cette période, j'ai peu de courrier d'Edouard, bien entendu! Epoque troublée, courrier perturbé, censuré... perdu !


Internet, à ce niveau m'est d'un grand secours. Les archives ou documents concernant les FAFL ( Forces Aériennes Françaises Libres ), et notamment le Groupe Bretagne sont assez rares finalement, je m'en rends compte.
Je cherche tous azimuts !

Je ne parle pas des états de services et signalétiques d'Edouard que je me suis empressée de demander à l'Armée. Ces documents ne m'ont pas appris grand chose, à part me confirmer ce que je savais déjà.
Si vous voulez savoir quelle était la vie d'un proche au sein de l'armée, mieux vaut vous armer de patience ! mauvais jeu de mot !
Peu à peu j'entends parler d'ouvrages, de livres, de témoignages.

Exemple :le n°202 spécial Bretagne de la revue Icare. http://www.revue-icare.com/

ou l'excellent site sur l'aviateur Jean Maridor http://www.jean-maridor.org/


J'y ai "rencontré" Mr AUGST qui m'a aidé en me donnant les coordonnées d'un ancien des FAFL, Mr Charles FLAMAND.

Je remercie ici Mr FLAMAND qui a écrit un ouvrage témoignage sur son engagement dans les Forces Françaises Libres, et qui m'a aussi donné de précieux renseignements sur Edouard, m'encourageant lui aussi à continuer mon travail de recherches. Je conseille vivement la lecture de ce livre.

Pour rester Libre ...Maréchal, me voilà! mémoire d'un aviateur FAFL


ou encore le site très bien fait



Edouard et Le groupe Bretagne


Le groupe était formé de deux escadrilles, le Rennes et le Nantes.


L'appareil sur lequel volait Edouard était un Glenn Martin "Maryland"modèle 167F, le BJ 428.


Ce bombardier était produit aux Etats Unis. Première mise en service apparemment sans essais préalables en 1939. Fin de la production en 1945. Aujourd'hui, il n'en reste plus un seul exemplaire !



Edouard y volait en tant que radio mitrailleur.



En juillet 1943, le Groupe Bretagne est toujours stationné à Ben Gardanne .Il est prévu que le groupe parte pour l'Angleterre pour y être formé conjointement avec la RAF sans doute.Puis il y a un brusque changement en septembre, le groupe doit partir finalement pour l'URSS via la Syrie.Là, ils devront attendre la réorganisation et le réarmement promis tout en continuant l'entraînement.

L'arrivée au Liban ressemble pour tous ces jeunes hommes privés de tout, à un petit paradis.

Dans le journal de marche du groupe, on peut lire:



Pour la plupart d'entre nous, ce voyage avait été un émerveillement. C'était vraiment une reprise de contact avec la civilisation; ce n'était pas seulement le confort matériel qui paraissait merveilleux après nos longs mois de campements rudimentaires, ce n'était pas non plus l'abondance, les richesses étalées dans les vitrines (...) . C'était surtout l'impression de rentrer dans un monde qui était le notre, de ne plus être pour ainsi dire retranchés du monde des vivants.

Les conditions de vie dans le sud tunisien n'était pas des meilleures, le désert, le manque d'eau potable, de nourriture ...

Le moral n'était pas toujours au rendez-vous.
Là, au Liban, tous ces "p'tits gars"se sont laissés aller à de vraies parties de fêtes, les officiers réveillant tout un hôtel où ils logaient après une soirée bien arrosée.
Entre tous ces hommes régnait la bonne entente, les anciens ne prenant pas de haut les nouveaux venus.J'ai des photos de membre FAFL , des camarades d'Edouard, mais je n'ai pas leurs noms. Combien ont survécu ?





Je pense qu'Edouard devait participer à la bonne humeur ambiante, mais je sais qu'à cette époque il avait aussi d'autres pensées et parfois le moral au plus bas. Marie est loin, les nouvelles sont rares, le courrier censuré.

Après une courte permission de 2 jours fin juillet 43, il avait proposé à Marie de l'épouser au cas où les évènements tourneraient mal, elle ne serait au moins pas sans ressources. Au début elle ne voulait pas envisager cette situation, pensant que cela ne leur porterait pas chance,mais elle finit par accepter, sûrement devant l'insistance d'Edouard. A ce moment là, elle devait se trouver à Zaghouan et j'ai appris tout cela au travers de ses lettres . Elle y parlait des papiers nécessaires aux démarches de mariage. Elle parlait même d'un morceau de fil lui ayant servi à mesurer son doigt pour faire les alliances...

Je sais aussi qu'il avait fait le nécessaire auprès de son commandement à Alger pour obtenir une permission pour se marier. Elle n'a pas eu le temps d'être accordée.
Mes grand-tantes ont conservé toutes les lettres de Marie.C'est une chance. En voici une qui date du 1er août 1943:

Mon Edouard bien aimé,

Comment vas-tu? Ton voyage s'est-il bien passé ? Est-ce que tu as attendu longtemps lorsque tu m'as quittée ? J'espère que tu es arrivé en parfaite santé et que tu n'as eu aucune difficulté en rentrant à la base.
Chéri, tu ne peux pas t'imaginer quel grand vide tu m'as laissé .Dès ton départ, nous sommes allées à l'Eglise afin de prier de toute mon âme pour que Dieu exauce mes prières, que mon chéri et mes frères retournent sains et saufs de cette guerre affreuse.
Je serais heureuse et fière de savoir que tu continues à avoir de la patience et du courage.
Tu peux être certain que je ne t'oublie pas un seul instant, à la maison , nous ne faisons que parler de toi.
Ta permission a été si brève. Je souhaite la fin de cette guerre afin que nous puissions nous unir pour ne plus nous quitter.
Chéri, je te demande de bien faire attention pour ta santé et de ne pas boire cette eau qui te fait du mal.
Dans ta prochaine lettre tu me raconteras tout ce que tu fais. Pour moi les soirées sont bien tristes, mes pensées vont toutes vers toi. Quel bonheur quand tu es près de moi.
J'attends de tes nouvelles que j'espère recevoir bientôt. Reçois de ta fiancée qui t'aime ses plus douces pensées et caresses.
Marie

En septemtre 43, Edouard écrit dans sa famille d'accueil, à Tunis, où une partie de ses affaires se trouvaient :

le 24 juillet 1943,

Chère Mme A.,

Chère Madeleine,

J'ai répondu à votre lettre il y a déjà quelques jours, et en même temps j'ai écrit à Roger à son adresse de Londres. Je vais aujourd'hui à Sfax et je n'aurai peut-être pas le temps d'aller au Kram, alors voudriez vous s'il vous plaît donner à Trestour qui est avec moi, ma paire de souliers marrons du secours national. je vous en remercie. Nous n'irons pas en Angleterre comme je le pensais; nous partons via la Syrie et la Russie.
A propos, s'il y a encore moyen d'avoir du Muscat, voudriez vous s'il vous plaît en donner une ou 2 bouteilles à Trestour ( J'ai envie de boire un bon coup de Muscat, ici il y a à peine de l'eau, et mauvaise, vous comprenez je voudrais me réchauffer avant de partir pour la Russie .)

Je termine pour aujourd'hui en vous embrassant tous, en vous souhaitant bonne santé et merci.

Dion E.


Après un passage au Caire, Edouard est donc ensuite acheminé vers Rayack . Toujours d'après le journal de marche:

Rayack ne déçut personne. Base moderne, bien conçue, elle offrait toutes les facilités désirables pour le travail. Le cantonnement préparé de main de maître par le lieutenant NETTER était des plus décents : les hommes logés sous des tentes excellentes avec des lits confortables, les sous officiers dans les bâtiments attenants, les officiers à l'extérieur, soit à Rayack, soit dans un hôtel de Zahle, station balnéaire à douze kilomètres de là. le site était charmant: une grande plaine entourée de hautes montagnes, une campagne verdoyante, un climat tempéré par l'altitude ( 700 mètres ). Et puis tout était près de Beyrouth, de Damas, ou menaient des routes excellentes et des villes qui ne connaissaient pas les restrictions, offraient à tous abondance.

Aussi était ce avec une ardeur toute nouvelle que chacun dès son arrivée, se mettait au travail. L'entraînement commençait dès le 17 août.



Edouard s'entraînait sur un Glenn qui avait déjà été sauvé par un mécano quelques mois avant.

Le pilote de son avion, le lieutenant Grillet était un pilote émérite engagé dans les forces Françaises Libres dans les premières heures et qui avait participé à la campagne du Fezzan. L'équipage devait enchaîner les heures de vol d'entraînement.

























21) Le 13 octobre

Fin septembre 1943, une nouvelle tâche s'annonçait pour le groupe. Le Bretagne faisait officiellement partie du programme de réarmement de l'aviation française et devait être doté dans les jours prochains de Glenn Martin Marauders, des B26.Le groupe devrait se rendre bientôt en Afrique du Nord pour y être remanié.

Le capitaine Mahé se rendit le 5 octobre à Alger pour y connaître les détails de l'opération.

Tout l'entraînement était à refaire, on se remit au travail. On appela des volontaires supplémentaires pour se transformer en groupe de bombardement moyen américain.

C'est dans cet esprit , cette volonté d'être prêts, que le 13 octobre , comme tous les jours précédents, l'équipage du BJ428, aux commandes du lieutenant Pierre Grillet, âgé de 24 ans décola du terrain de Rayack






A bord de l'avion, il y avait également l'adjudant Marcel Colombey 21 ans, l'adjudant Eugène Laurent , 27 ans, le lieutenant Novak d'origine tchèque, 29 ans, et le sergent Edouard Dion radio mitrailleur, 24 ans.

L'avion décola, peu après le moteur droit tomba en panne, il partit en vrille, et s'écrasa au sol en l'espace de quelques secondes ,au bout du terrain d'aviation de Rayack.

Tout l'équipage fut tué. Sans avoir rien pu tenter.

On ne retrouva pas le corps de l'adjudant Colombey ( d'après la fiche "sépulture" de la DPMA note datant de 1954), c'est dire la violence du choc.

D'après Mr Flamand, tout s'est passé si vite que l'équipage de l'avion n'a rien pu voir ni comprendre. On dit pourtant qu'avant de mourir on a le temps de revoir sa vie se dérouler.

Selon les dires des personnes qui en ont su quelque chose à l'époque, un certain Roger Lafont, je n'en sais pas plus, aurait sorti le corps d'Edouard de l'avion après l'accident. qui est ce nommé Lafont ? Je n'en sais rien.Je vais essayé de retrouver sa trace. Personne ne pourra certainement plus m'indiquer maintenant quels furent les derniers instants de vie d'Edouard. je ne peux que les imaginer.

Nous savons seulement que la disparition des membres d'équipage du BJ 428 porta un sacré coup au moral du groupe, car ils étaient des camarades appréciés de tous.

Et ma famille?
Voici ce qu'elle reçut de la Croix Rouge presque trois mois après la disparition d'Edouard.

Monsieur, Madame,



Nous avons le regret de vous informer que nous venons de recevoir de la part des autorités britanniques le renseignement suivant:



"DION Edouard, Jean-François

né le 30 mai 1919 à Basse Indre ( Loire Inférieure )

sergent

est décédé le 13 octobre 1943 au cours d'un vol d'entraînement en service commandé.

L'inhumation a eu lieu au Cimetière Français de RAYACK ( Liban).



Tous les camarades d'Edouard DION regrettent vivement sa perte et s'associent de tout coeur au deuil de sa famille.



Ce sont là les seuls renseignements que nous possédons.

Si d'autres indications nous parviennent par la suite sur les circonstances qui ont accompagné le douloureux évènement dont nous vous faisons part ci-dessus, nous ne manquerons pas de vous le communiquer.



Tou en vous assurant de notre entier dévouement, nous vous prions de croire....


En mai 1945, un courrier du commandement fut envoyé, on peut y lire un mot de la main du commandant Mahé:







Ce fut un cataclysme.
Edouard le petit dernier n'était plus. Difficile de se faire à cette idée.

Le père d'Edouard, mon arrière grand père, vieillit en l'espace d'une nuit, à l'annonce du décès de son fils.
Alice écrivit à ses soeurs : " On dirait que Papa a cent ans "

Combien sont-ils comme eux à avoir été sacrifiés? Je pèse mes mots.
Je pense en effet que ces hommes ont été envoyés à leur mort certaine en toute connaissance de cause. Ils avaient fait don quasiment de leur personne à leur pays. J'ai le sentiment au travers de mes lectures, d'une injustice. Ils volaient sur des avions fatigués, le personnel faisant ce qu'il pouvait dans des conditions exécrables.

On me dira, c'était la guerre, il fallait ce sacrifice pour avancer. Moi je n'en suis pas convaincue, finalement , on ne vaut pas cher.

D'ailleurs, j'ai également le sentiment que ce groupe , le Bretagne n'intéresse pas grand monde même encore aujourd'hui. Il n'y a qu'à voir par exemple, le nombre de publications sur le Normandie Niémen , en comparaison à celles consacrées au Bretagne.

Je ne remets pas en cause le prestige de ce groupe de chasse, loin de là mon idée. Non, je dis seulement que la douleur est aussi grande pour ceux qui ont perdu un proche, qu'il se soit tué à bord d'un mythique Spitfire ou bien d'un moins prestigieux Glenn Martin 167F .

De ces derniers on ne parle pas assez.