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Ne m'en veuillez pas, je ne suis pas historienne. Mais ... si l'Histoire appartient aux spécialistes, l'Emotion , elle, appartient à tout le monde...

jeudi 7 août 2008

17) 1942 :Une année mouvementée

La Tunisie et toute la région Nord Afrique sont le théâtre d'affrontement entre les forces de l'Axe et celles des Alliés.



Dès le 10 novembre 1942,Tunis est occupé par Italiens et Allemands. Edouard pour ne pas être fait prisonnier , se cache chez Mme Arrouès, ses amis du Kram dès sa démobilisation le 15 décembre 42. Il y restera 5 mois sans donner de nouvelles à personne, pas même à Marie qui le croit reparti en France sans lui avoir dit au revoir. Pas de nouvelles non plus à sa famille, à Bosmont.



Plus un courrier en langage codé pour parler de ce qui se passait sans être censurés n'arrive à Bosmont. La famille a alors compris que c'était difficile à ce moment là pour Edouard, et qu'il ferait tout pour ne pas avoir ou leur causer d'ennuis. Ils avaient confiance en lui, et ne répondaient pas ,volontairement, pour ne rien compromettre, aux courriers de Marie paniquée par ce silence.



Pendant cette période, il a parcouru tous les coins possibles à Tunis et alentours pour dénicher viande , légumes se faisant rares à cause de l'occupation. Il partait à vélo parfois toute la journée pour aller chercher du charbon tout ça sans se faire repérer.





On voit bien qu'il est préoccupé, les sourcils froncés,le sourire n'est plus là. Il faut patienter. Edouard essaye de tromper l'attente en terminant la fabrication d'un poste de TSF, ce qui lui permet de se tenir en même temps au courant de l'avancée du conflit. Je ne saurais jamais non plus quelles furent ses activités précises pendant ces 5 mois où il a cessé de donner des nouvelles. J'ai appris l'an dernier que Madeleine était aujourd'hui disparue.

Ce que je sais en revanche c'est que c'est à ce moment qu'une partie de la base de Bizerte a été transformée par les Allemands en camp de travail pour les juifs. Et ça , je pense qu'Edouard le savait lui aussi. Il ne pouvait pas l'ignorer même s'il n'y travaillait plus ,mais je pense que cela ne l'a pas laissé indifférent.

mercredi 6 août 2008

18) Faire enfin le lien

Edouard, comme j'aimerai croire que tu m'entends ...


J'ai retrouvé Marie !


C'est beaucoup trop d'émotion.


Après des mois de recherches, ma bouteille jetée à la mer sur un site d'avis de recherches me permet enfin de retrouver la famille de Marie.

Elle n'est plus là aujourd'hui ,mais grâce à son filleul, Marie et Edouard sont à nouveau ensemble dans nos souvenirs communs.

Je sais maintenant qu'il ne l'a pas quittée. Toute sa vie , Marie n'a pas guéri de la perte d'Edouard, elle n'a pas pu tourner la page et refaire sa vie.
C'est triste, émouvant, et si romanesque.
Lorsque j'avais à peine 3 ans, nous habitions tout près d'elle sans le savoir.
Les choses auraient été différentes j'imagine, si nous l'avions su. Nous ne pourrons jamais revenir en arrière pour alléger sa peine. Mais pour une fois j'ai envie de croire qu'ils nous ont fait signe tous les deux, de là où ils sont, pour qu'enfin quelque chose se passe...


65 ans après leur histoire prend un nouveau départ.




Merci à Philippe le filleul et neveu de Marie pour la qualité de ses interventions et ses encouragements, à Lucie, sa nièce que j'ai vu toute petite sur les rares photos de cette époque, pour sa gentillesse.



et enfin à Marie et Edouard.



Le travail continue pour tenter de connaître les circonstances exactes de la disparition de mon grand oncle.
C'est long, fastidieux, parfois je me décourage un peu devant la lenteur à laquelle les informations me parviennent... un petit air d'une chanson que mes deux amoureux devaient écouter me redonne l'envie de continuer:




mardi 5 août 2008

19) L'engagement



Donc en Novembre 1942, la situation militaire en Afrique du Nord se présentait comme suit: la Tunisie, l'Algérie et le Maroc Français, étaient sous le régime de l'accord d'armistice signé entre la France et l'Allemagne, mais sous l'autorité de la France, la Lybie était sous le régime Italien, occupée par les forces de l'Axe. La victoire Britannique d'El-Alamein contre les troupes de Rommel (24 octobre-4 novembre1942), changea le cours des opérations et commença a donner une certaine importance aux ports et terrains d'aviation de la Tunisie, comme lignes de communications des forces de Rommel.
Dimanche 8 Novembre 1942, au cours de l'Opération "Torch", les Alliés débarquent en Algérie et au Maroc.


Le 12 mai 1943, après la campagne de Tunisie,Tunis est libérée. La foule est dans la rue pour acclamer les Alliés.


Quand Edouard a t-il su que De Gaulle avait rassemblé une armée de volontaires libres ? je ne sais pas, mais toujours est -il qu'il n'attend pas ,fort de tout ce qu'il a pu observer depuis des mois qu'il se cache, le lendemain de la libération de Tunis, il s'engage dans les FFL.


Ses qualifications dans le milieu des avions, le propulsent dès le 15 mai dans le sud tunisien. Il rejoint à Ben Gardanne les aviateurs FAFL qui doivent se diriger par la suite vers la Syrie, objectif la Russie. Il fait partie du Groupe Bretagne, un Free French Squadron. Son escadrille est celle qui s'appelle Rennes.

Fanions de son escadrille au sein du Groupe.
Il m'est très difficile pour le moment de retrouver son parcours dans le groupe Bretagne, car je ne possède pas son n° de matricule FAFL.
Je remercie les spécialistes du forum Aéroforum http://www.aeroforums.org pour les informations qu'ils m'ont données à ce sujet.
En effet, lors de leur ralliement aux FFL, beaucoup donnaient un autre patronyme que le leur pour s'engager, ou modifiaient leur date de naissance. Ceci afin de mettre en sécurité leur proche au cas où ils seraient fait prisonniers. C'est vraisemblablement le cas d'Edouard, ce qui rend les choses encore plus difficiles.

lundi 4 août 2008

20) Le Groupe Bretagne

Mais le groupe Bretagne, qu'est ce que c'est ?

Au fur et à mesure de mes recherches, je veux en savoir plus sur ces groupes d'aviateurs que je ne connaissais que de nom,( et encore même pas pour tous). Ils étaient pour la plupart de très jeunes hommes comme pouvait l'être Edouard.


Plus je lis de choses sur eux, plus je les admire.Mais il fallait sans doute justement être jeune pour oser faire les choix qu'ils ont fait.

De cette période, j'ai peu de courrier d'Edouard, bien entendu! Epoque troublée, courrier perturbé, censuré... perdu !


Internet, à ce niveau m'est d'un grand secours. Les archives ou documents concernant les FAFL ( Forces Aériennes Françaises Libres ), et notamment le Groupe Bretagne sont assez rares finalement, je m'en rends compte.
Je cherche tous azimuts !

Je ne parle pas des états de services et signalétiques d'Edouard que je me suis empressée de demander à l'Armée. Ces documents ne m'ont pas appris grand chose, à part me confirmer ce que je savais déjà.
Si vous voulez savoir quelle était la vie d'un proche au sein de l'armée, mieux vaut vous armer de patience ! mauvais jeu de mot !
Peu à peu j'entends parler d'ouvrages, de livres, de témoignages.

Exemple :le n°202 spécial Bretagne de la revue Icare. http://www.revue-icare.com/

ou l'excellent site sur l'aviateur Jean Maridor http://www.jean-maridor.org/


J'y ai "rencontré" Mr AUGST qui m'a aidé en me donnant les coordonnées d'un ancien des FAFL, Mr Charles FLAMAND.

Je remercie ici Mr FLAMAND qui a écrit un ouvrage témoignage sur son engagement dans les Forces Françaises Libres, et qui m'a aussi donné de précieux renseignements sur Edouard, m'encourageant lui aussi à continuer mon travail de recherches. Je conseille vivement la lecture de ce livre.

Pour rester Libre ...Maréchal, me voilà! mémoire d'un aviateur FAFL


ou encore le site très bien fait



Edouard et Le groupe Bretagne


Le groupe était formé de deux escadrilles, le Rennes et le Nantes.


L'appareil sur lequel volait Edouard était un Glenn Martin "Maryland"modèle 167F, le BJ 428.


Ce bombardier était produit aux Etats Unis. Première mise en service apparemment sans essais préalables en 1939. Fin de la production en 1945. Aujourd'hui, il n'en reste plus un seul exemplaire !



Edouard y volait en tant que radio mitrailleur.



En juillet 1943, le Groupe Bretagne est toujours stationné à Ben Gardanne .Il est prévu que le groupe parte pour l'Angleterre pour y être formé conjointement avec la RAF sans doute.Puis il y a un brusque changement en septembre, le groupe doit partir finalement pour l'URSS via la Syrie.Là, ils devront attendre la réorganisation et le réarmement promis tout en continuant l'entraînement.

L'arrivée au Liban ressemble pour tous ces jeunes hommes privés de tout, à un petit paradis.

Dans le journal de marche du groupe, on peut lire:



Pour la plupart d'entre nous, ce voyage avait été un émerveillement. C'était vraiment une reprise de contact avec la civilisation; ce n'était pas seulement le confort matériel qui paraissait merveilleux après nos longs mois de campements rudimentaires, ce n'était pas non plus l'abondance, les richesses étalées dans les vitrines (...) . C'était surtout l'impression de rentrer dans un monde qui était le notre, de ne plus être pour ainsi dire retranchés du monde des vivants.

Les conditions de vie dans le sud tunisien n'était pas des meilleures, le désert, le manque d'eau potable, de nourriture ...

Le moral n'était pas toujours au rendez-vous.
Là, au Liban, tous ces "p'tits gars"se sont laissés aller à de vraies parties de fêtes, les officiers réveillant tout un hôtel où ils logaient après une soirée bien arrosée.
Entre tous ces hommes régnait la bonne entente, les anciens ne prenant pas de haut les nouveaux venus.J'ai des photos de membre FAFL , des camarades d'Edouard, mais je n'ai pas leurs noms. Combien ont survécu ?





Je pense qu'Edouard devait participer à la bonne humeur ambiante, mais je sais qu'à cette époque il avait aussi d'autres pensées et parfois le moral au plus bas. Marie est loin, les nouvelles sont rares, le courrier censuré.

Après une courte permission de 2 jours fin juillet 43, il avait proposé à Marie de l'épouser au cas où les évènements tourneraient mal, elle ne serait au moins pas sans ressources. Au début elle ne voulait pas envisager cette situation, pensant que cela ne leur porterait pas chance,mais elle finit par accepter, sûrement devant l'insistance d'Edouard. A ce moment là, elle devait se trouver à Zaghouan et j'ai appris tout cela au travers de ses lettres . Elle y parlait des papiers nécessaires aux démarches de mariage. Elle parlait même d'un morceau de fil lui ayant servi à mesurer son doigt pour faire les alliances...

Je sais aussi qu'il avait fait le nécessaire auprès de son commandement à Alger pour obtenir une permission pour se marier. Elle n'a pas eu le temps d'être accordée.
Mes grand-tantes ont conservé toutes les lettres de Marie.C'est une chance. En voici une qui date du 1er août 1943:

Mon Edouard bien aimé,

Comment vas-tu? Ton voyage s'est-il bien passé ? Est-ce que tu as attendu longtemps lorsque tu m'as quittée ? J'espère que tu es arrivé en parfaite santé et que tu n'as eu aucune difficulté en rentrant à la base.
Chéri, tu ne peux pas t'imaginer quel grand vide tu m'as laissé .Dès ton départ, nous sommes allées à l'Eglise afin de prier de toute mon âme pour que Dieu exauce mes prières, que mon chéri et mes frères retournent sains et saufs de cette guerre affreuse.
Je serais heureuse et fière de savoir que tu continues à avoir de la patience et du courage.
Tu peux être certain que je ne t'oublie pas un seul instant, à la maison , nous ne faisons que parler de toi.
Ta permission a été si brève. Je souhaite la fin de cette guerre afin que nous puissions nous unir pour ne plus nous quitter.
Chéri, je te demande de bien faire attention pour ta santé et de ne pas boire cette eau qui te fait du mal.
Dans ta prochaine lettre tu me raconteras tout ce que tu fais. Pour moi les soirées sont bien tristes, mes pensées vont toutes vers toi. Quel bonheur quand tu es près de moi.
J'attends de tes nouvelles que j'espère recevoir bientôt. Reçois de ta fiancée qui t'aime ses plus douces pensées et caresses.
Marie

En septemtre 43, Edouard écrit dans sa famille d'accueil, à Tunis, où une partie de ses affaires se trouvaient :

le 24 juillet 1943,

Chère Mme A.,

Chère Madeleine,

J'ai répondu à votre lettre il y a déjà quelques jours, et en même temps j'ai écrit à Roger à son adresse de Londres. Je vais aujourd'hui à Sfax et je n'aurai peut-être pas le temps d'aller au Kram, alors voudriez vous s'il vous plaît donner à Trestour qui est avec moi, ma paire de souliers marrons du secours national. je vous en remercie. Nous n'irons pas en Angleterre comme je le pensais; nous partons via la Syrie et la Russie.
A propos, s'il y a encore moyen d'avoir du Muscat, voudriez vous s'il vous plaît en donner une ou 2 bouteilles à Trestour ( J'ai envie de boire un bon coup de Muscat, ici il y a à peine de l'eau, et mauvaise, vous comprenez je voudrais me réchauffer avant de partir pour la Russie .)

Je termine pour aujourd'hui en vous embrassant tous, en vous souhaitant bonne santé et merci.

Dion E.


Après un passage au Caire, Edouard est donc ensuite acheminé vers Rayack . Toujours d'après le journal de marche:

Rayack ne déçut personne. Base moderne, bien conçue, elle offrait toutes les facilités désirables pour le travail. Le cantonnement préparé de main de maître par le lieutenant NETTER était des plus décents : les hommes logés sous des tentes excellentes avec des lits confortables, les sous officiers dans les bâtiments attenants, les officiers à l'extérieur, soit à Rayack, soit dans un hôtel de Zahle, station balnéaire à douze kilomètres de là. le site était charmant: une grande plaine entourée de hautes montagnes, une campagne verdoyante, un climat tempéré par l'altitude ( 700 mètres ). Et puis tout était près de Beyrouth, de Damas, ou menaient des routes excellentes et des villes qui ne connaissaient pas les restrictions, offraient à tous abondance.

Aussi était ce avec une ardeur toute nouvelle que chacun dès son arrivée, se mettait au travail. L'entraînement commençait dès le 17 août.



Edouard s'entraînait sur un Glenn qui avait déjà été sauvé par un mécano quelques mois avant.

Le pilote de son avion, le lieutenant Grillet était un pilote émérite engagé dans les forces Françaises Libres dans les premières heures et qui avait participé à la campagne du Fezzan. L'équipage devait enchaîner les heures de vol d'entraînement.

























21) Le 13 octobre

Fin septembre 1943, une nouvelle tâche s'annonçait pour le groupe. Le Bretagne faisait officiellement partie du programme de réarmement de l'aviation française et devait être doté dans les jours prochains de Glenn Martin Marauders, des B26.Le groupe devrait se rendre bientôt en Afrique du Nord pour y être remanié.

Le capitaine Mahé se rendit le 5 octobre à Alger pour y connaître les détails de l'opération.

Tout l'entraînement était à refaire, on se remit au travail. On appela des volontaires supplémentaires pour se transformer en groupe de bombardement moyen américain.

C'est dans cet esprit , cette volonté d'être prêts, que le 13 octobre , comme tous les jours précédents, l'équipage du BJ428, aux commandes du lieutenant Pierre Grillet, âgé de 24 ans décola du terrain de Rayack






A bord de l'avion, il y avait également l'adjudant Marcel Colombey 21 ans, l'adjudant Eugène Laurent , 27 ans, le lieutenant Novak d'origine tchèque, 29 ans, et le sergent Edouard Dion radio mitrailleur, 24 ans.

L'avion décola, peu après le moteur droit tomba en panne, il partit en vrille, et s'écrasa au sol en l'espace de quelques secondes ,au bout du terrain d'aviation de Rayack.

Tout l'équipage fut tué. Sans avoir rien pu tenter.

On ne retrouva pas le corps de l'adjudant Colombey ( d'après la fiche "sépulture" de la DPMA note datant de 1954), c'est dire la violence du choc.

D'après Mr Flamand, tout s'est passé si vite que l'équipage de l'avion n'a rien pu voir ni comprendre. On dit pourtant qu'avant de mourir on a le temps de revoir sa vie se dérouler.

Selon les dires des personnes qui en ont su quelque chose à l'époque, un certain Roger Lafont, je n'en sais pas plus, aurait sorti le corps d'Edouard de l'avion après l'accident. qui est ce nommé Lafont ? Je n'en sais rien.Je vais essayé de retrouver sa trace. Personne ne pourra certainement plus m'indiquer maintenant quels furent les derniers instants de vie d'Edouard. je ne peux que les imaginer.

Nous savons seulement que la disparition des membres d'équipage du BJ 428 porta un sacré coup au moral du groupe, car ils étaient des camarades appréciés de tous.

Et ma famille?
Voici ce qu'elle reçut de la Croix Rouge presque trois mois après la disparition d'Edouard.

Monsieur, Madame,



Nous avons le regret de vous informer que nous venons de recevoir de la part des autorités britanniques le renseignement suivant:



"DION Edouard, Jean-François

né le 30 mai 1919 à Basse Indre ( Loire Inférieure )

sergent

est décédé le 13 octobre 1943 au cours d'un vol d'entraînement en service commandé.

L'inhumation a eu lieu au Cimetière Français de RAYACK ( Liban).



Tous les camarades d'Edouard DION regrettent vivement sa perte et s'associent de tout coeur au deuil de sa famille.



Ce sont là les seuls renseignements que nous possédons.

Si d'autres indications nous parviennent par la suite sur les circonstances qui ont accompagné le douloureux évènement dont nous vous faisons part ci-dessus, nous ne manquerons pas de vous le communiquer.



Tou en vous assurant de notre entier dévouement, nous vous prions de croire....


En mai 1945, un courrier du commandement fut envoyé, on peut y lire un mot de la main du commandant Mahé:







Ce fut un cataclysme.
Edouard le petit dernier n'était plus. Difficile de se faire à cette idée.

Le père d'Edouard, mon arrière grand père, vieillit en l'espace d'une nuit, à l'annonce du décès de son fils.
Alice écrivit à ses soeurs : " On dirait que Papa a cent ans "

Combien sont-ils comme eux à avoir été sacrifiés? Je pèse mes mots.
Je pense en effet que ces hommes ont été envoyés à leur mort certaine en toute connaissance de cause. Ils avaient fait don quasiment de leur personne à leur pays. J'ai le sentiment au travers de mes lectures, d'une injustice. Ils volaient sur des avions fatigués, le personnel faisant ce qu'il pouvait dans des conditions exécrables.

On me dira, c'était la guerre, il fallait ce sacrifice pour avancer. Moi je n'en suis pas convaincue, finalement , on ne vaut pas cher.

D'ailleurs, j'ai également le sentiment que ce groupe , le Bretagne n'intéresse pas grand monde même encore aujourd'hui. Il n'y a qu'à voir par exemple, le nombre de publications sur le Normandie Niémen , en comparaison à celles consacrées au Bretagne.

Je ne remets pas en cause le prestige de ce groupe de chasse, loin de là mon idée. Non, je dis seulement que la douleur est aussi grande pour ceux qui ont perdu un proche, qu'il se soit tué à bord d'un mythique Spitfire ou bien d'un moins prestigieux Glenn Martin 167F .

De ces derniers on ne parle pas assez.


dimanche 3 août 2008

22) Et Marie ...

Et Marie dans tout ça...
Elle n'a appris la mort de son fiancé qu'en septembre 1944 !




Presque un an sans nouvelles et elle apprend sa mort dans le tramway, par la bouche de Mme A. qui lui présente ses condoléances pour le décès de son fiancé Edouard.


Depuis que je sais cela, j'essaye de m'imaginer ce qu'a pu traverser cette jeune femme.


L'attente,la peur, puis l'incompréhension très certainement.


Par son neveu et sa nièce j'ai su qu'elle était de santé fragile, et par hasard ou par coïncidence, moi je penche pour la seconde solution, elle contracta la fièvre typhoïde quasiment au même moment que l'accident fatal de son fiancé.


Comme Tristan et Iseult , ces deux êtres ne pouvaient pas vivre l'un sans l'autre.










Leurs vies ont été brisées .... en plein vol.


Je sais maintenant aussi pourquoi Marie n'a appris la nouvelle que si tard, c'est uniquement parce que sa famille craignait qu'elle ne la supporte pas et la lui avait tout ce temps cachée.


Dans le désarroi chacune,nos deux familles se sont ainsi éloignées pour longtemps.

Hommage

En 1945, le père d'Edouard meurt à son tour, de chagrin sans doute. Il ne s'était jamais remis de la mort de son dernier fils. Lui qui représentait tant pour ce père, s'en était allé, emportant avec lui une époque désormais révolue.


Ce poème est de ma Grand -Mère Simone Bernard.

Hommage

O vous, Père, César, Alice, Jeanne et Marthe,

Qui êtes si durement blessés dans votre amour,

De stérile fierté que chacun se départe:

Il est bon de pleurer quand le coeur est si lourd...

Je sais votre douleur et je suis impuissante,

Seule à vous consoler; ma pensée est à vous...

Et je souhaite aussi que votre âme pressente

Le sentiment profond qui se forge entre nous.

Les mots ne disent pas toujours bien ce que l'âme

Ressent infiniment : ils sont pauvres et vains...

J'ai souffert avec vous; comme vous je réclame

L'orgueil d'avoir aimé votre Edouard aux yeux bruns.

L'honneur de votre nom a acquis la noblesse

Au prix de la douleur: c'est terriblement beau

De donner l'un des siens en sa pure jeunesse

Quand la Maman déjà fut reprise trop tôt...

D'un bel enfant chéri et d'un aimable frère

D'un oncle bien aimé et d'un cher camarade,

D'un héros généreux que nous ravit la guerre

Pieusement nos coeurs gardent le souvenir.

24/28 Avril 1944


Sur ce poème si beau je termine le récit de la courte vie de mon grand oncle Edouard DION.
Il reste encore à découvrir et le chemin est long, parsemé d'embûches; mais je suis fière du travail accompli.