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Ne m'en veuillez pas, je ne suis pas historienne. Mais ... si l'Histoire appartient aux spécialistes, l'Emotion , elle, appartient à tout le monde...

jeudi 14 août 2008

10) Une nouvelle vie démarre

Edouard a 17 ans en 1936 .

Sa soeur Marthe est au Maroc pour son travail et lui envoie des cartes postales .
Il aimerait un jour , lui aussi voir ce qu'elle décrit comme étant un vrai paradis.




De sa chambre à Bosmont, voici ce qu'il voit. C'est bien , mais cela ne lui suffit plus. Il veut voir du pays comme il dit.








Contre l'avis de son père qui ne le retient cependant pas, il s'engage dans la Marine. Il part pour Toulon, cette même année avec l'intention d'apprendre le métier de radiotélégraphiste.


Trois jours de contrôles, visite médicale etc... et le voilà incorporé en septembre 1936.

























C'est un marin ! Dans le port de Toulon.



Il sera logé au 5ème dépôt des nouvelles recrues.



mercredi 13 août 2008

11) Un diplôme

A l'heure où d'autres bronzent, j'écris .

En fait ,je suis fière de mon sujet. Il m'épate mon Edouard. Plus j'avance dans mes recherches plus j'ai l'impression de le connaître.

Il obtient le 1er juillet 1937 à seulement 18 ans, son brevet de radiotélégraphiste.

Le petit gars de la campagne arrive à ses fins.

Avec sûrement du courage et de la persévérance il aura bossé dur pour obtenir ce diplôme. 119 points d'avance , et les félicitations du jury.




Il embarque sur le Gerfaut de juillet à septembre 1937.

Le Gerfaut fut sabordé le 27 novembre 1942 à Toulon.


Puis de septembre 37 à avril 38 sur l'Albatros



Il passa ensuite trois mois sur le Maillé Brézé pour revenir de juillet à novembre sur le Gerfaut.

Le Maillé brézé fut détruit accidentellement en 1940 dans le port de Greenock par l'explosion d'une de ses torpilles.



Monsieur Charles Flamand que j'ai contacté, ancien FAFL, m'a donné des renseignements que je ne connaissais pas sur la partie "Marine" de la carrière d'Edouard. Je l'en remercie d'ailleurs vivement.


A savoir : Après l'obtention de son brevet de radiotélégraphiste, un des contre torpilleurs où il se trouvait a participé à la Guerre d'Espagne en ravitaillant Barcelone et Palma. Je ne le savais pas.


Les services de la Marine qui m'ont bien vite envoyé cependant ses états de service ne donnent aucun renseignement sur la nature des missions dans lesquelles il a pu être engagé.Je m'aperçois tous les jours qu'il est très difficile de trouver ces détails. Peut-être même que nous ne saurons jamais ce qu'il a bien pu faire exactement. Ce n'est pas très normal.


lundi 11 août 2008

12) La belle vie

De 1938 à 1939:


Successivement en Gironde, puis en Bretagne et Direction la B.A.N. de St Raphaël où Edouard 20 ans, pense trouver le soleil.
En janvier 1939, Edouard passe radio navigant . Là c'est la belle vie c'est vrai.
Mais en septembre 1939, la guerre éclate.

L'escadrille part pour 2 mois à Berre puis au Maroc, sur la Base Aéronavale de Port Lyautey, on ne s'en fait pas trop. Pour l'instant cependant, la guerre semble encore assez loin.

Edouard écrit:

Port Lyautey le 7 décembre 1939

Bien cher tous,
Nous sommes arrivés depuis hier à Port Lyautey. J'en suis content; car à première vue c'est un beau pays que le Maroc ! Ce qu'il y a surtout d'intéressant , c'est le soleil ! on se croirait en été à Bosmont. Je suis toujours en bonne santé, et j'espère qu'il en est de même pour vous. La base d'aviation de Port Lyautey est très jolie; on se croirait dans une villa en pleine campagne. La ville est à 5 kms. Mais ce n'est rien, car je vais avoir mon vélo; il arrive aujourd'hui par le bâteau avec le matériel de l'escadrille . Aussitôt qu'il sera arrivé, j'irai faire des ballades aux environs. La prochaine fois je vous enverrai des vues .../



Edouard se tient nonchalant, un pied sur la queue de son hydravion! Il intitule avec humour sa photo: "en alerte!"

Son avion est Un Bréguet Bizerte, nommé


le Flibustier.




Il y a les copains. Micoin, Bartoche, Torelli et les autres, ensemble on se remonte le moral.




Visez un peu la photo sur le tambourin !

dimanche 10 août 2008

13) La drôle de guerre

Le 2 septembre 1939, Hitler envahit la Pologne.
La France et l'Angleterre sont liées par un accord de défense et déclarent la guerre à l'Allemagne le 3 septembre.

Hitler concentre ses efforts à l'est et écrase la Pologne sans que les Alliés puissent faire quelque chose.

L'Etat Major français se sent en confiance derrière sa ligne Maginot..

Pendant plusieurs mois, on va s'enfoncer dans ce qu'on appellera la "drôle de guerre", les soldats alliés subissant l'incertitude et le manque de compétence de leurs supérieurs.

Jusqu'au 10 mai 1940 date à laquelle Hitler passe à l'action, le peuple français ne croit pas à cette guerre.

A cette date, l'armée allemande entre en Belgique, et en Hollande.
Le 18 mai soit seulement 8 jours après le début de l'offensive, la Belgique capitule.

En France , l'Etat Major réagit comme si cette guerre était une répétition de la première.
Quelques jours ont suffit à l'armée du IIIème Reich pour arriver sur Paris. Nous sommes le 14 juin 1940.

Le général Weygang partisan de l'Armistice s'oppose à Paul Reynaud qui envisage une résistance. L'Etat Major hésite à se réfugier en Afrique du Nord.




Devant tant d'incertitudes, les français se lancent sur les routes de France fuyant devant l'avancée allemande et les bombardements. C'est l'exode. Les parents ( père, oncle, soeurs d'Edouard) partent pour la Bretagne le 20 mai 1940 avec une charette et deux chevaux.


Paul Reynaud démissionne le 16 juin et on le remplace par le maréchal Pétain.

Le 17 juin, le maréchal capitule dans une désormais célèbre déclaration à la radio, le lendemain, le Général De Gaulle lui répond à la BBC dans un non moins célèbre message, que rien n'est perdu.

Allocution du 17 juin 1940 par le maréchal Pétain
Discours du maréchal Pétain prononcé à la radio française le 17 juin 1940.

Français!
A l'appel de M. le président de la République, j'assume à partir d'aujourd'hui la direction du gouvernement de la France. Sûr de l'affection de notre admirable armée, qui lutte avec un héroïsme digne de ses longues traditions militaires contre un ennemi supérieur en nombre et en armes, sûr que par sa magnifique résistance elle a rempli son devoir vis-à-vis de nos alliés, sûr de l'appui des anciens combattants que j'ai eu la fierté de commander, sûr de la confiance du peuple tout entier, je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur.En ces heures douloureuses, je pense aux malheureux réfugiés, qui, dans un dénuement extrême, sillonnent nos routes. Je leur exprime ma compassion et ma sollicitude. C'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat1.Je me suis adressé cette nuit à l'adversaire pour lui demander s'il est prêt à rechercher avec nous, entre soldats, après la lutte et dans l'honneur, les moyens de mettre un terme aux hostilités.Que tous les Français se groupent autour du gouvernement que je préside pendant ces dures épreuves et fassent taire leur angoisse pour n'écouter que leur foi dans le destin de la patrie.1. Tel est le texte qui fut prononcé. Sur la suggestion de Paul Baudouin, ministre des Affaires étrangères, la phrase fut rectifie - inutilement et maladroitement - de la manière suivante : " C'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut tenter de cesser le combat. "



Appel du Général De Gaulle

samedi 9 août 2008

14) Port Lyautey du 1/1/1940 au 1/9/1940

L'escadrille E5 est donc partie pour le Maroc la veille du jour de l'An 1940.

Avec son inséparable copain surnommé Bartoche,ou Totoche, je n'ai jamais réussi à trouver son véritable nom, Edouard visite Rabat.





Les missions de janvier à mai 1940 ( 10 mai date du déclenchement de l'offensive allemande) sont principalement l'exploration en haute mer ou la surveillance côtière recherche de sous marins ennemis, l'escorte de convois.



Comme pour le reste, il est bien difficile de connaître exactement la nature du travail d'Edouard. il n'écrivait que très peu de détails dans ses lettres, sûrement pour ne pas inquiéter sa famille.



Bartoche est décédé pendant cette même guerre, Micoin lui survécut et entra à Air France après la démobilisation en 1941.



vendredi 8 août 2008

15) Bizerte Karouba

Bizerte Karouba !


Base aéronavale en Tunisie... L'escadrille E5 y arrive le 1er septembre 1940.Là elle fusionnera avec la E3 pour devenir la 1E.







De cette période je possède un peu plus de renseignements, Edouard y rencontre une famille avec laquelle il sera très proche puisqu'il loge chez eux lors de ses permissions.


Ils habitent la banlieue de Tunis, au Kram, une villa qui vraisemblablement existe encore aujourd'hui. la villa Bagatelle. Je n'ai pas de photo malheureusement.

Vivent là, une femme , veuve, ayant trois enfants, Simone, mariée à un militaire. Roger, radionavigant comme Edouard, et Madeleine la cadette.


Edouard deviendra pour eux presque un fils ou un frère.

Avec Madeleine, se noue une certaine complicité. Elle aime le sport, la camaraderie, les ballades en bicyclette ... Edouard fera de nombreuses photos lors de leur excursions.





Madeleine est une jeune fille cultivée qui a beaucoup d'humour. Elle s'entend bien avec Edouard.

Je ne pense pas me tromper en disant qu'elle en "pince" un peu pour lui.



A la base , on est dans l'attente. Les évènements s'accélèrent de l'autre côté de la Méditérannée, Hitler occupe le Danemark et la Norvège en avril, en mai il attaque la Belgique, fait une offensive dans les Ardennes, l'Italie déclare la guerre à la France en juin. C'est l'exode sur les routes.


Trois navires français sont détruits à Mers el Kébir en juillet par les anglais craignant une alliance des français avec l'ennemi.


Le 8 août suivant, l'Allemagne, l'Italie et le Japon signent un pacte tripartite.


La permission escomptée par Edouard qui n'est pas rentré chez lui depuis le début de la guerre avait été supprimée avant son arrivée en Tunisie, maintenant, sa soeur lui écrit depuis son lieu d'exil,qu'il ne doit surtout pas rentrer en France, au risque de ne plus pouvoir repartir ensuite ou d'être fait prisonnier.


Il occupe donc ses permissions en visitant la Tunisie avec Madeleine. Carthage, les ruines romaines, Douar chott, et puis la plage ...










jeudi 7 août 2008

16) La rencontre de sa vie

Février 1941.

Edouard passe de la base de Bizerte à celle de Sfax, régulièrement suivant les missions.







Au cours d'un amerrissage forcé il se casse le poignet.C'est peut-être durant sa convalescence qu'il fait une rencontre qui va changer le cours de sa vie. Car c'est à peu près à cette époque qu'il connaît


MARIE





Elle a 19 ans. Edouard 21, il tombe amoureux...











Cela n'a rien d'étonnant, elle parait si douce. Lui qui n'a pas connu sa mère...trouve dans son regard toute la tendresse dont il a besoin.



En octobre 1941, ils se fiancent.



Qu'est-elle devenue, par la suite, je ne le sais pas.


Depuis 6 mois ,j'ai déposé un avis de recherche sur internet , une vraie bouteille à la mer, pour tenter de le savoir et peut-être de la retrouver. Si elle est encore en vie, elle doit avoir 85 ans aujourd'hui.

Comment se sont -ils recontrés ? Edouard ne le dit pas dans son courrier de l'époque. C'était un garçon plutôt discret surtout à ce sujet.
Les quelques photos que j'ai pu retrouver où on les voit , me laissent à penser qu'ils allaient très bien ensemble. Rares étaient les personnes qui pouvaient utiliser sa bicyclette, Marie a eu le droit de rouler avec.
Marie habitait la rue de gauche sur cette carte postale de Sfax.

Ils se sont peut -être rendus dans ce square, près du théâtre ?

Ils ne se voyaient pas tout le temps, Edouard mettait sans doute maintenant à profit ses permissions pour aller chez sa fiancée, à Sfax. Au détriment de Madeleine .Il devait y travailler aussi de temps en temps.



Marie est ici entourée de sa mère et de deux de ses soeurs.

Ils étaient jeunes, pleins de projets malheureusement c'est arrivé pendant la guerre.







17) 1942 :Une année mouvementée

La Tunisie et toute la région Nord Afrique sont le théâtre d'affrontement entre les forces de l'Axe et celles des Alliés.



Dès le 10 novembre 1942,Tunis est occupé par Italiens et Allemands. Edouard pour ne pas être fait prisonnier , se cache chez Mme Arrouès, ses amis du Kram dès sa démobilisation le 15 décembre 42. Il y restera 5 mois sans donner de nouvelles à personne, pas même à Marie qui le croit reparti en France sans lui avoir dit au revoir. Pas de nouvelles non plus à sa famille, à Bosmont.



Plus un courrier en langage codé pour parler de ce qui se passait sans être censurés n'arrive à Bosmont. La famille a alors compris que c'était difficile à ce moment là pour Edouard, et qu'il ferait tout pour ne pas avoir ou leur causer d'ennuis. Ils avaient confiance en lui, et ne répondaient pas ,volontairement, pour ne rien compromettre, aux courriers de Marie paniquée par ce silence.



Pendant cette période, il a parcouru tous les coins possibles à Tunis et alentours pour dénicher viande , légumes se faisant rares à cause de l'occupation. Il partait à vélo parfois toute la journée pour aller chercher du charbon tout ça sans se faire repérer.





On voit bien qu'il est préoccupé, les sourcils froncés,le sourire n'est plus là. Il faut patienter. Edouard essaye de tromper l'attente en terminant la fabrication d'un poste de TSF, ce qui lui permet de se tenir en même temps au courant de l'avancée du conflit. Je ne saurais jamais non plus quelles furent ses activités précises pendant ces 5 mois où il a cessé de donner des nouvelles. J'ai appris l'an dernier que Madeleine était aujourd'hui disparue.

Ce que je sais en revanche c'est que c'est à ce moment qu'une partie de la base de Bizerte a été transformée par les Allemands en camp de travail pour les juifs. Et ça , je pense qu'Edouard le savait lui aussi. Il ne pouvait pas l'ignorer même s'il n'y travaillait plus ,mais je pense que cela ne l'a pas laissé indifférent.

mercredi 6 août 2008

18) Faire enfin le lien

Edouard, comme j'aimerai croire que tu m'entends ...


J'ai retrouvé Marie !


C'est beaucoup trop d'émotion.


Après des mois de recherches, ma bouteille jetée à la mer sur un site d'avis de recherches me permet enfin de retrouver la famille de Marie.

Elle n'est plus là aujourd'hui ,mais grâce à son filleul, Marie et Edouard sont à nouveau ensemble dans nos souvenirs communs.

Je sais maintenant qu'il ne l'a pas quittée. Toute sa vie , Marie n'a pas guéri de la perte d'Edouard, elle n'a pas pu tourner la page et refaire sa vie.
C'est triste, émouvant, et si romanesque.
Lorsque j'avais à peine 3 ans, nous habitions tout près d'elle sans le savoir.
Les choses auraient été différentes j'imagine, si nous l'avions su. Nous ne pourrons jamais revenir en arrière pour alléger sa peine. Mais pour une fois j'ai envie de croire qu'ils nous ont fait signe tous les deux, de là où ils sont, pour qu'enfin quelque chose se passe...


65 ans après leur histoire prend un nouveau départ.




Merci à Philippe le filleul et neveu de Marie pour la qualité de ses interventions et ses encouragements, à Lucie, sa nièce que j'ai vu toute petite sur les rares photos de cette époque, pour sa gentillesse.



et enfin à Marie et Edouard.



Le travail continue pour tenter de connaître les circonstances exactes de la disparition de mon grand oncle.
C'est long, fastidieux, parfois je me décourage un peu devant la lenteur à laquelle les informations me parviennent... un petit air d'une chanson que mes deux amoureux devaient écouter me redonne l'envie de continuer:




mardi 5 août 2008

19) L'engagement



Donc en Novembre 1942, la situation militaire en Afrique du Nord se présentait comme suit: la Tunisie, l'Algérie et le Maroc Français, étaient sous le régime de l'accord d'armistice signé entre la France et l'Allemagne, mais sous l'autorité de la France, la Lybie était sous le régime Italien, occupée par les forces de l'Axe. La victoire Britannique d'El-Alamein contre les troupes de Rommel (24 octobre-4 novembre1942), changea le cours des opérations et commença a donner une certaine importance aux ports et terrains d'aviation de la Tunisie, comme lignes de communications des forces de Rommel.
Dimanche 8 Novembre 1942, au cours de l'Opération "Torch", les Alliés débarquent en Algérie et au Maroc.


Le 12 mai 1943, après la campagne de Tunisie,Tunis est libérée. La foule est dans la rue pour acclamer les Alliés.


Quand Edouard a t-il su que De Gaulle avait rassemblé une armée de volontaires libres ? je ne sais pas, mais toujours est -il qu'il n'attend pas ,fort de tout ce qu'il a pu observer depuis des mois qu'il se cache, le lendemain de la libération de Tunis, il s'engage dans les FFL.


Ses qualifications dans le milieu des avions, le propulsent dès le 15 mai dans le sud tunisien. Il rejoint à Ben Gardanne les aviateurs FAFL qui doivent se diriger par la suite vers la Syrie, objectif la Russie. Il fait partie du Groupe Bretagne, un Free French Squadron. Son escadrille est celle qui s'appelle Rennes.

Fanions de son escadrille au sein du Groupe.
Il m'est très difficile pour le moment de retrouver son parcours dans le groupe Bretagne, car je ne possède pas son n° de matricule FAFL.
Je remercie les spécialistes du forum Aéroforum http://www.aeroforums.org pour les informations qu'ils m'ont données à ce sujet.
En effet, lors de leur ralliement aux FFL, beaucoup donnaient un autre patronyme que le leur pour s'engager, ou modifiaient leur date de naissance. Ceci afin de mettre en sécurité leur proche au cas où ils seraient fait prisonniers. C'est vraisemblablement le cas d'Edouard, ce qui rend les choses encore plus difficiles.